SOCIETE : La chefferie traditionnelle du Niger est en deuil, l’honorable Boudal Baloji est décédé à l’âge de 105 ans.
Le Chef du groupement Touareg Kel-Gress d’Azarori nomade, l’honorable Boudal Baloji, s’est éteint le samedi, 1er août 2026 à son domicile, des suites d’une longue maladie, à l’âge de 105 ans.
Avec sa disparition, c’est une grande page de l’histoire de l’Ader et de la chefferie traditionnelle nigérienne qui se tourne. Gardien des valeurs ancestrales, défenseur infatigable du patrimoine culturel Touareg et homme de conviction, il laisse le souvenir d’un dirigeant dont la sagesse, l’humilité et le courage ont marqué plusieurs générations.
Les obsèques ont rassemblé une foule considérable venue lui rendre un dernier hommage. Dix-sept Chefs Traditionnels y ont pris part, parmi lesquels le Sultan de l’Aïr, Président de l’Association des Chefs Traditionnels du Niger, Son Altesse Ibrahim Oumarou Ibrahim, les Chefs de Canton d’Illéla, Elhadji Yacouba Habibou Oumani, de Tamaské Elhadji Abdoul Kader Cheffou Touba, de Doguéraoua, Elhadji Alka Kadri Attawel, ainsi que les Chefs de Groupements de Tajaé, Elhadji Ibrahim Agali, de Tambeye nomade, de Galma, Nobi, Ayawone et d’autres localités. Les autorités administratives, notamment le Préfet du département de Madaoua M. Boubacar Abdou Yoba et l’Administrateur délégué de la Commune rurale d’Azarori, les autorités religieuses, ainsi que de nombreux citoyens venus de toutes les régions du Niger et même du Nigeria, se sont également recueillis sur sa tombe. Tous ont unanimement salué la mémoire d’un homme dont la vie fut consacrée au service de sa communauté, de la paix et de la préservation de son héritage culturel.
L’honorable Boudal Baloji comptait parmi ces rares Chefs traditionnels qui ne transigeaient jamais avec l’injustice. Sa parole inspirait le respect, son arbitrage apaisait les conflits et sa présence rassurait les populations. Depuis son décès, le palais royal d’Azarori ne désemplit pas, tant les témoignages d’affection, de reconnaissance et de compassion affluent.
Pour toute la communauté, cette disparition est celle d’un dirigeant exceptionnel, unanimement reconnu comme l’un des plus sages Chefs de la région de Tahoua. Durant quarante années de règne, de 1986 à 2026, il a incarné l’histoire vivante de son peuple, renforcé la cohésion sociale et exercé son autorité avec une intégrité exemplaire.
Chef modeste, humble et profondément courtois, il était avant tout un homme proche de ses administrés. Garant de la paix, attentif aux plus faibles, généreux de cœur et fidèle aux enseignements de ses ancêtres, il a toujours privilégié l’écoute, le dialogue et le respect de chacun. Son leadership reposait moins sur l’autorité que sur la confiance, la modération et l’exemplarité.
Époux de Tagaichette et père de trois enfants Assietou, Rabi et Ouhoumoudou, il laisse à sa famille, à sa communauté et à toute la nation nigérienne l’héritage d’un homme qui a consacré sa vie à unir les familles, préserver les coutumes et transmettre les valeurs qui fondent l’identité de son peuple.
Ce lundi, 3 août 2026, nous nous sommes rendus à Azarori, situé à 500 km de Niamey dans le département de Madaoua, région de Tahoua, afin de présenter nos condoléances à la famille du défunt et de partager leur douleur en ces moments d’épreuve.
À cette occasion, nous avons également effectué un recueillement sur la montagne de Kel Geza, à «Agagir» * (tombe en langue tamasheq), lieu où reposent son défunt père et ses ancêtres, parmi lesquels vingt-sept Chefs de groupement d’Azarori et vingt-huit Chefs de groupement de Galma. Nous y avons salué la mémoire de cette grande figure de la tradition et de la culture, tout en récitant la *Fatiha pour le repos de l’âme de nos devanciers.
L’honorable Boudal Baloji quitte ce monde, mais il laisse derrière lui un héritage précieux fait de sagesse, de justice, de cohésion sociale et de dévouement au développement de sa communauté. Son nom demeurera gravé dans la mémoire collective comme celui d’un homme qui a honoré sa fonction jusqu’à son dernier souffle et qui a servi son peuple avec dignité.
Qu’Allah, dans Son infinie miséricorde, lui pardonne ses fautes, illumine sa demeure éternelle et l’accueille dans les plus hauts degrés du Paradis, Al-Firdaws. Âmîn.
Moustapha Kadi Oumani.
