Frappes américaines à Caracas : Cheikh Oumar Doumbia analyse l’intervention des États-Unis au Venezuela 


Toute analyse sérieuse doit commencer par le droit. En l’occurrence, les normes applicables sont clairement établies par la Charte des Nations unies.

  1. Le cadre juridique international

Article 2 – paragraphe 4

Les États membres s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies.

Le principe est clair : l’usage de la force est interdit.

Article 51

La Charte reconnaît un droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, uniquement dans le cas où un État est l’objet d’une attaque armée, et ce jusqu’à l’intervention du Conseil de sécurité.

Les mesures prises doivent :

  • être immédiatement notifiées au Conseil de sécurité,
  • ne pas faire obstacle à son pouvoir exclusif de maintien ou de rétablissement de la paix.

L’exception est strictement encadrée.

Sans attaque armée, l’Article 51 ne s’applique pas.

  1. La position officielle des États-Unis

Les motivations officiellement avancées:

Restauration de la démocratie

Les États-Unis estiment que les élections présidentielles vénézuéliennes, notamment celles de 2018, ne respectent pas les standards démocratiques internationaux.

Objectif affiché : favoriser une transition politique et l’organisation d’élections « libres et crédibles ».

Lutte contre le narcotrafic et le “narcoterrorisme”

Le Département de la Justice américain a inculpé Nicolás Maduro et plusieurs hauts responsables pour trafic de drogue et corruption.

Washington affirme que certaines structures étatiques vénézuéliennes seraient impliquées dans des réseaux criminels transnationaux.

Protection de la sécurité régionale

Selon les États-Unis, l’instabilité vénézuélienne alimente :

  • la criminalité transfrontalière,
  • des flux migratoires massifs,
  • l’insécurité dans les Caraïbes et en Amérique latine.
  1. Les motivations géopolitiques et géostratégiques réelles

Au-delà du discours officiel, les motivations structurelles sont connues et documentées.

Contrôle de l’hémisphère occidental

  • Les États-Unis appliquent historiquement la doctrine Monroe, visant à empêcher toute implantation durable de puissances rivales dans leur sphère régionale.
  • Le Venezuela entretient des relations stratégiques avec :
  • la Russie,
  • la Chine,
  • l’Iran.

Enjeu énergétique majeur

  • Le Venezuela dispose des plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde.
  • Le contrôle indirect des flux énergétiques constitue un enjeu stratégique global, particulièrement en période de tensions sur les marchés internationaux.

Crédibilité et dissuasion stratégique

Une action ferme contre Caracas permettrait aussi de :

  • préserver la crédibilité de la puissance américaine,
  • dissuader d’autres États de la région de s’aligner militairement sur des puissances concurrentes.
  1. Ce que ces motivations ne tiennent pas juridiquement

Même si ces motivations sont réelles, cohérentes et documentées, elles :

  • ne constituent pas une “attaque armée” au sens de l’Article 51,
  • n’autorisent pas un recours unilatéral à la force,
  • ne remplacent pas un mandat du Conseil de sécurité.

En droit international, la rationalité stratégique n’équivaut jamais à la légalité.

  1. Synthèse

Les motivations américaines au Venezuela sont :

  • réelles,
  • multiples,
  • stratégiquement cohérentes,
  • appuyées par des sources officielles et académiques.

Mais elles ne fondent aucune légalité internationale pour une intervention militaire.

Conclusion:

L’intervention peut être compréhensible sur le plan géopolitique, mais elle demeure illégale sur le plan juridique au regard de la Charte des Nations unies.