ANALYSE : Pour une Afrique une et indivisible : Non à la trahison de l’idéal africain !


En ces moments où l’Afrique réclame la véritable unité de ses peuples, moi, Africain, qui aime tant l’Afrique du Sud, fils de ce continent qui a saigné pour la liberté, je me permets de prendre la parole pour dire mon désarroi, ma colère et ma profonde déception.

L’Afrique du Sud, la nation arc-en-ciel, ce pays qui a tant fait rêver, ce phare de l’espoir né des cendres de l’apartheid, est en train de se déshonorer. Après que toute l’Afrique subsaharienne a consacré des décennies à lutter contre le régime raciste de Pretoria, après avoir abrité les bases de l’ANC en exil, après avoir payé le prix du sang pour que la liberté triomphe, voilà que cette même nation se retourne aujourd’hui contre ses propres frères et sœurs.

Des foules en furie parcourent les rues de Johannesburg, Durban et Le Cap, traquant des immigrés africains comme du gibier. Des Ghanéens, des Nigérians, des Mozambicains, des Congolais, des Zimbabwéens, des Malawites, des Sénégalais, des Éthiopiens, etc., sont pourchassés, tabassés, parfois brûlés vifs. Des familles entières fuient en catastrophe, des centaines de ressortissants sont rapatriés par leurs gouvernements. Selon des dépêches, plus de 2 700 étrangers ont déjà été expulsés en une seule semaine. Tout cela parce que des groupes xénophobes instrumentalisent la misère et le chômage pour désigner l’africain étranger comme bouc émissaire.

Et pendant ce temps, le leadership sud-africain, héritier de Mandela, oscille entre déni et mesures répressives, refusant de nommer le mal par son nom : la xénophobie, l’afrophobie.

C’est un paradoxe insoutenable. Le pays dont la Constitution de 1996 était un modèle d’inclusion est devenu le théâtre de violences xénophobes récurrentes. La nation qui devait incarner la réconciliation et la diversité voit son image ternie par des scènes de pogroms.

L’Afrique du Sud a attiré comme un aimant des millions d’Africains en quête d’une autre vie. Aujourd’hui, ces mêmes hommes et ces mêmes femmes sont rejetés, humiliés, chassés. Leur seul crime : être nés ailleurs sur le même continent.
Le Secrétaire général de l’ONU a condamné ces actes criminels. Le Directeur général de l’OMS a parlé de « trahison tragique » de l’héritage de liberté. Mais ces mots, aussi forts soient-ils, ne suffisent pas à panser les blessures infligées à la dignité africaine.

En tant qu’Africain, je lance cet appel solennel :
1. Aux autorités sud-africaines : Assumez vos responsabilités. La xénophobie n’est pas un phénomène spontané, elle est organisée, instrumentalisée. Protégez tous ceux qui vivent sur votre sol, quel que soit leur passeport. Souvenez-vous que c’est grâce à la solidarité de toute l’Afrique que vous êtes libres aujourd’hui.
2. Aux mouvements xénophobes : Cessez cette chasse à l’homme. Les étrangers ne sont pas la cause de vos maux. La pauvreté, le chômage, les inégalités – voilà vos véritables ennemis. En attaquant vos frères africains, vous insultez la mémoire de tous ceux qui ont lutté pour l’unité du continent.
3. À l’Union africaine – ou ce qu’il en reste – et à la communauté internationale – s’il y en a bien une à la conscience humaine – : Ne restez pas silencieux. Ce qui se passe en Afrique du Sud est une atteinte à l’idéal panafricain. Exigez des comptes, sanctionnez si nécessaire, mais ne laissez pas la nation arc-en-ciel sombrer dans l’infamie.
4. À mes frères et sœurs africains : Restons unis. Ne laissons pas la haine diviser ce que des siècles de lutte ont uni. L’Afrique du Sud n’est pas seulement sud-africaine – elle est notre patrimoine commun, notre victoire commune. Sa trahison est notre tragédie à tous.

Quel dommage, vraiment, de voir ce rêve se transformer en cauchemar ! Quelle tristesse de constater que le pays de Mandela, le symbole de la résistance et de la réconciliation, devienne le théâtre d’une chasse aux sorcières contre ses propres frères !

Mais ce n’est pas une fatalité. L’Afrique a surmonté l’esclavage, la colonisation, l’apartheid. Elle peut surmonter ce nouveau fléau. Encore faut-il que les consciences s’éveillent, que les voix se lèvent et que la solidarité l’emporte sur la haine.

Je proclame donc, comme tous les Africains déçus mais pas résignés, que la nation arc-en-ciel peut encore retrouver sa lumière – à condition qu’elle choisisse l’unité plutôt que la division, l’accueil plutôt que le rejet, la fraternité plutôt que la xénophobie.

Hamma Hamadou